« Christianophobie », christianofolie…?

Article publié le 09/12/2011 sur https://innerlightofblackmetal.wordpress.com/2011/10/21/christianophobie-christianofolie/

INNER LIGHT

1/30/202615 min read

Cet article sort un peu à première vue des thématiques propres à ce blog, mais les rejoint dans la mesure où il analyse un concept fondamental pour comprendre l’analyse que font certains milieux cathos du Hellfest.

La « christianophobie » est à la mode en ce moment. Civitas appelle à une manifestation contre elle le 29 octobre 2011, et multiplie les actions contre ses vecteurs supposés, ainsi la dernière en date… Ce qui suscite beaucoup d’enthousiasme chez de nombreux catholiques, mais également de fortes réticences, ainsi ici, ou , ou encore

Qu’est-ce que la « christianophobie » (ou la » cathophobie », juste un peu plus restrictive dans son objet)? Son étymologie suggère qu’il s’agit de la peur irraisonnée ou de la haine du christianisme. Ce serait un discours ou un comportement incitant à la haine et à la discrimination à l’encontre des chrétiens et de leurs valeurs, de même que l’homophobie à l’encontre des homosexuels, que la xénophobie à l’encontre des étrangers, etc.

Ce terme est très fréquemment invoqué, en ces temps de recul du christianisme et de polémiques contre l’Eglise, et on le trouve jusque dans la bouche du pape:

« Benoît XVI dénonce les persécutions des minorités chrétiennes dans le monde et, avec autant de vigueur, la «christianophobie» croissante en Europe, dans un message à l’occasion de la 44e journée mondiale de la paix qui sera célébrée le 1er janvier 2011.

Dans ce document rendu public jeudi par le Vatican, le pape exprime sa profonde préoccupation devant l’ «hostilité» et les préjugés» contre le christianisme sur le Vieux Continent, où il estime que le «laïcisme» est aussi dangereux que le fanatisme religieux ailleurs.

«Puisse l’Europe se réconcilier avec ses propres racines chrétiennes qui sont fondamentales pour comprendre son passé, son présent et son rôle futur dans l’Histoire», écrit Benoît XVI dans ce message intitulé «Liberté religieuse, chemin vers la paix». » (20 Minutes)

L’usage de ce terme est très fréquent sur la cathosphère. Il constitue une réaction au caractère biaisé du traitement par les médias de l’Eglise et du Pape, par exemple dans les polémiques qui ont marqué l’année 2009, sur l’avortement à Recife, la levée de l’excommunication des évêques intégristes, ou encore la petite phrase du Pape sur le préservatif. Il se nourrit de l’inquiétude suscitée par des phénomènes tels que le succès de produits culturels apparemment dirigés contre le christianisme, que ce soient le Code Da Vinci, la pièce de théâtre Golgotha Picnic, ou encore la présence de groupes ouvertement hostiles au christianisme dans un festival musical tel que le Hellfest. Il manifeste une forme de révolte contre les propos d’élus qui détournent la laïcité pour tenter de confiner l’expression religieuse à la sphère privée, ainsi ce maire qui a supprimé dans sa commune la crèche de Noël. De manière générale, il traduit la prise de conscience par les catholiques qu’ils sont en train de devenir une minorité, et exprime une tentative de renverser le cours des choses.

Cette prise de conscience que la foi catholique est de moins en moins estimée, voire de moins en moins tolérée, dans note société, est exacerbée par le spectacle de plus en plus effrayant que constitue le traitement des chrétiens par les autorités dans les pays où le christianisme est et à toujours été une minorité. Au Pakistan, les chrétiens sont emprisonnés ou condamnés à mort pour le moindre prétexte (ainsi Asia Bibi, qui est emprisonnée et qui encourt la pein de mort dans le cadre de la loi anti blasphème) alors qu’il semble qu’ils puissent être tués ou violés quasiment en toute impunité. En Egypte, le régime militaire opprime les coptes, et vient de briser dans le sang une manifestation. En Chine, le gouvernement tente d’asservir les évêques et les prêtres, et persécute ceux qui se refusent de ses plier à ses décisions.

Pris au piège de ce contexte angoissant, certains chrétiens choisissent le repli. J’ai ainsi pu rencontrer plusieurs jeunes, dans des rassemblements tels que le FRAT, qui me confiaient avoir peur de se dire chrétiens au collège ou au lycée. Mais la tendance dominante semble être à la riposte. Un réseau très dynamique de blogs, ainsi Le Salon Beige, Perepiscopus, L’Observatoire de la Christianophobie, ou encore Riposte Catholique, effectue chaque jour un veille très précise des différents actes de « christianophobie » qui semblent opprimer notre belle Eglise, ici ou ailleurs. Des manifestion sont organisées très régulièrement, contre le les kiss in, la « culture de mort », le Hellfest, la pièce de théatre Golgotha Picnic, le Piss Christ, le soutien apparent de la Mairie de Paris à une fête de fin de Ramadan, etc Des pétitions sont lancées par mail et sur internet. Lassée des compromissions apparentes des catholiques qui ont vécu le Concile et de l’enfouissement qui semble avoir été la politique de l’Eglise dans les décennies qui ont suivies, la nouvelle génération entend redonner à l’Eglise une place centrale dans notre société.

S’il est indéniable que l’Eglise souffre d’un déficit croissant d’image dans l’opinion, et qu’il est du devoir de tout catholique de ne pas y rester indifférent, le terme de « christianophobie » est-il adéquat pour décrire ce phénomène inquiétant avec précision et pertinence, ou est-il lui même une interprétation, sujette à des non dits et des arrières pensées politiques ou idéologiques, qui déforme ce qu’il entend désigner?

Dans un article intitulé « Antiphobie », le blogueur Philarète dénonçait il y aun an les mots en « -phobie », qui condamnent a priori le débat et pathologisent l’adversaire:

« Je suis tenté de l’expliquer en remarquant que ces vocables visent à disqualifier la possibilité même d’un débat. Ils ont une fonction neutralisante : les « phobies » ne sont pas des idées, mais des maladies (voire des infections, des pestes). Or derrière la peur du débat se cache généralement le désintérêt pour la vérité ou, s’agissant de débat de nature politique, au sens large, le scepticisme à l’égard de l’idée d’un bien à poursuivre ensemble, et donc à déterminer à travers la délibération collective. Le refus du débat relève donc d’une forme profonde de relativisme : non pas du relativisme superficiel qui fait dire « à chacun ses idées », mais du relativisme profond qui rend aveugle à l’intérêt d’une confrontation des points de vue, des analyses et des arguments, confrontation qui serait susceptible de faire apparaître que certains ont tort et d’autres raison.[..]

C’est ce type de configuration mentale que l’on peut repérer, mutatis mutandis, chez les propagateurs actuels des mots en « -phobe » et « -phobie » : culture de l’unanimité morale, pathologisation de la « dissidence » idéologique. Et, comme dans les périodes de notre histoire nationale où apparaît le culte fébrile de l’unanimité, le phénomène traduit sans doute la fragilité de notre état social. Il faut se sentir très fragile, en effet, pour craindre à ce point l’expression des points de vue divergents ».

En ce sens, l’usage du mot « christianophobie » ne se borne pas à décrire et à dénoncer une forme d’hostilité dominante au christianisme, mais va beaucoup plus loin, en interprétant cette dernière comme une démarche irrationnelle, « pathologique », de haine, plutôt que par exemple l’expression d’un malentendu, d’une méconnaissance, ou de critiques dignes d’être intégrées dans un débat raisonné. D’où la tautologie brandie par les adeptes de la lutte contre la « christianophobie »: la lutte est la dernière issue possible, celle qui est du devoir de tout chrétien, ce qui semble présupposer que le dialogue a déjà été tenté, et a abouti sur des points d’opposition indépassable, mais toute tentative de dialogue est en réalité bloquée d’emblée par le terme même de « christianophobie », qui impose l’idée que l’adversaire n’est pas dans une démarche suffisament rationnelle pour ête capable de dialogue, qu’il n’est qu’une maladie qu’on éradique, et non quelqu’un que l’on peut respecter et et avec qui on peut échangerd’une manière fructueuse pour tous. Les catholiques qui épousent cette lutte contre la christianophobie déplorent de ne pas ête écoutés, mais se ferment eux-mêmes à tout dialogue en enfermant leurs contradicteurs dans des mots qui nient leur individualité et leur capacité à les surprendre ou à dépasser leurs arguments: il y a les « christianophobes », les « traîtres », les « tièdes », les « bisounours », … Ils ne sont disposés à dialoguer qu’avec ceux qui partagent leurs présupposés. Et comme le dialogue présuppose un désaccord préalable, pas étonnant q’ils ne croient le plus souvent pas au dialogue.

S’il est indéniable que nombre de nos contemporains sont de plus en plus hostiles à l’Eglise et aux valeurs qu’elle défend il n’est pas sûr que le terme « phobie » décrive leur démarche avec justice et en vérité. La plupart des membres de ma famille, de mes amis, de mes collègues, ont approuvé en profondeur les campagnes médiatiques contre le Pape en 2009 et après. Ils sont pour l’avortement, pensent que le Concile Vatican 2 n’est pas allé assez loin, et estiment pour la plupart que la religion est source d’intolérance. ils sont du côté des kiss in et de la défense de la laïcité façon Charlie Hebdo. Certains d’entre considèrent qu’une oeuvre « blasphématoire » n’est pas très éloignée sémantiquement d’une oeuvre « intéressante », et d’autres écrivent sur leur blog des nouvelles qui n’ont pas grand chose à envier au Golgotha Picnic. Ils ne sont pas loin de me considérer comme un tradi, alors que sans être un « catho progressiste » au sens usuel du terme, je suis plutôt de gauche, parce que je vais à la messe tous les dimanches, suis animateur d’aumônerie, participe régulièrement à des retraites et des pélerinages, essaie d’avoir une vie de prière et sacramentelle régulière, et m’efforce de vivre en cohérence avec l’enseignement de l’Eglise, y compris sur les questions sociétales. Ils participent intimement de ce phénomène dénoncé aujourd’hui sous le nom de « christianophobie ». Et pourtant, beaucoup d’entre eux éprouvent de l’intérêt et même de la bienveillance envers mon parcours et mon témoignage, parce qu’en réalité, ils ne ha¨ssent pas vraiment l’Eglise, mais la connaissent mal, et sont alarmés par l’image d’intolérance véhiculée par les médias. Et ce qu’ils connaissent de moi leur procure une certaine forme de soulagement, voire de joie, parce que cela leur fait prendre conscience q’un catholique, ce n’est pas seulement quelqu’un qui condamne ou qui interdit, mais que nous avons aussi des expéiences positives à partager avec eux et à leur faire découvrir. Et peu à peu leur point de vue évolue, devient moins tranché, plus ouvert… Je refuse de désigner ces proches par un qualificatif aussi réducteur et insultant que celui de « christianophobe ».

On m’objectera que l’on peut détester le péché tout en aimant le pécheur, et que l’on peut condamner la « christianophobie » en général tout en restant ouvert à la diversité et aux nuances des parcours personnels. En effet, s’il est évident que beaucoup de personnes n’aiment pas l’Eglise parce qu’ils la connaissent mal, on peut considérer assez justement que le vecteur le plus efficace de cette ignorance est la saturation de la culture par toute sorte d’oeuvres ou de spectacles qui donnent une image fausse, voire outrageante, de l’Eglise et du christianisme. Le Code DaVinci, le Golgotha Picnic, voire les morceaux de certains artistes de metal sont des exemples récents. De manière analogue, peu de personnes ont réellement étudié l’histoire de l’Inquisition, mais beaucoup y voient une tendance profonde de l’Eglise, à force de la voir représentée au cinéma, dans la littérature, les bandes dessinées, etc.

Cependant, s’il est vrai que l’on ne saurait séparer totalement l’art de la morale, dans la mesure où il cherche à témoigner d’une certaine forme de transcendance, qui est celle de la Beauté, on ne saurait cependant le juger suivant ses normes. Le Bien et le Beau sont liés de manière ultime en Dieu, mais ils constituent des manifestations distinctes de sa Toute Puissance, qui orientent vers Elle par des chemins différents. L’art trouve sa validation dans la représentation du Beau, qui est lié au Bien et au Vrai, mais alors que le Bien se laisse relativement bien traduire par des normes, le propre du Beau est de se dérober à ces dernières, et les artistes n’ont de cesse de déconstruire les formes fixées par leurs prédecesseurs. Les normes que les classiques ont tenté par exemple de donner au théâtre n’ont pas résisté au temps, et les grandes pièces de théâtre des périodes suivantes sont celles qui se sont essayé à briser ces règles. Ou encore, le black metal traite de réalités mauvaises: la haine, la colère, le désespoir. Mais son succès ne réside pas dans la tentative de certains de ses créateurs de promouvoir de nouvelles normes similaires à celle de la morale dans leur forme mais contraires à elle dans leur contenu, à travers des idéologies telles que le satanisme, mais dans le sentiment esthétique qu’il procure, qui touche à des réalités présentes dans l’âme humaine, qui ont des aspects destructeurs, mais aussi créateurs: ainsi le désespoir peut-il mener au désir de rédemption et à la conversion. Condamner une oeuvre ou un courant culturel parce qu’il semble traiter du mal n’est donc pas opératoire, parce que même un artiste fou ou maudit peut toucher dans sa création à un sentiment ou une réalité qui dépasse son projet conscient, et mener à une élevation de l’âme, et que même un saint n’y arrivera pas s’il se borne à imiter les représentations déjà existantes de la beauté, et ne cherche pas au moins en partie à déconstrure ce qui a déjà été fait. Le Bien réside dans la soumission à des valeurs communes, et le Beau dans la création de nouvelles valeurs. Il n’est donc jamais complètement possible de juger l’un par l’autre.

Ce qui ne signifie pas qu’il n’y a pas un combat culturel à mener en défense du christianisme. Mais l’erreur de nos pourfendeurs de la christianophobie est de croire qu’il est à mener autour de la culture alors qu’il se gagnera par elle. Par exemple, avec tout le respect que j’ai pour nos évêques, je suis un peu déçu que certains d’entre eux aient affirmé que refuser que les deniers publics financent de telles oeuvres puisse être une réponse adéquate aux problèmes qu’elles soulèvent . Une oeuvre d’art, si ratée soit-elle, avant que sa diffusion ne soit facilitée par des subventions, prend sa source dans une inspiration créatrice, qui est elle-même l’expression de sentiments et d’états d’âme de l’artiste, qu’il vise à faire partager. Bonne ou mauvaise l’oeuvre d’art n’est pas une pathologie ou un virus à éradiquer, mais le témoignage de la vie intérieure d’une personne. Le caractère outrageant d’une oeuvre est un effet, et l’inspiration créatrice qui anime l’artiste, son « génie » (que celui-ci soit réel ou non), est la cause. Chercher à empêcher la représentation d’une oeuvre (ce qui est un peu quand même le but d’une protestation contre des subventions publiques), cela revient à traiter les symptômes sans traiter les causes, ce qui est comme chacun sait le contraire de l’action d’un bon médecin. L’art traduit l’esprit d’un époque: la censure victorienne n’a pu empêcher l’émergence d’une littérature décadente, ni l’attrait de nombreux artistes pour des sociétés occultes telles que la Golden Dawn. Beaucoup d’oeuvres ou de courants combattus par les associations catholiques sont nées de l’underground, ainsi le black metal, et y puisent une partie de leur identité artistique. Attaquer leur diffusion ne convertira pas l’inspiration qui les a fait naitre, mais les radicalisera. Plus grave, ces attaques incessantes de Civitas et autres sur le terrain culturel, mais par des méthodes politiques et juridiques, accréditent l’idée que le combat pour l’Eglise n’est pas tant un combat culturel mais d’un combat contre la culture.

Le problème n’est en effet pas la diffusion des oeuvres, mais l’inspiration qui les anime: croire qu’on peut créer du Beau en attaquant l’Eglise, qui annonce la source du Beau. Il ne s’agit donc pas de faire taire l’inspiration mais de la convertir, en déployant non pas des juristes, des politiques ou des pamphlétaires, mais des musiciens, des écrivains, des poètes. La bataille de la culture ne peut se gagner que par la culture, en comprenant l’inspiration qui anime cette culture en partie hostile au christianisme, pour mieux la déconstruire et la dépasser par une inspiration nouvelle. ce qui présuppose de ne pas la condamner a priori comme une pathologie, une « phobie » et de refuser toute qualité artistique réelle à ses oeuvres, mais de comprendre de l’intérieur la démarche des artistes qui sont animés par elle, de dialoguer avec eux. Ce qui peut permettre dans certains cas de retrouver les traces d’une inspiration chrétienne chez ceux-là mêmes qui prétendaient la combattre: ainsi une grande partie de l’univers mental de nombre de black metalleux est stucturé par l’influence de l’oeuvre catholique de Tolkien. Ce qui constitue des pistes pour proposer une version proprement chrétienne de la culture comtenporaine, et de dépasser tout ce qu’elle peut avoir d’hostile ou étranger au christianisme de prime abord. . .

Il s’agit de mener le combat culturel en participant à l’activité créatrice de la culture contemporaine, et non en restant à ses marges en la condamnant. A lutter contre la christianophobie, les catholiques finissent par n’avoir que des choses à combattre dans notre société et aucune à proposer. S’enfermer dans une posture d’auto défense permanente, sans rien donner qui puisse avoir du sens et de l’intérêt pour les membres de notre société déchristianisée, c’est nous condamner à court terme à ne plus du tout être entendus, voire à être combattus à vue, et à ne plus pouvoir transmettre l’évangile, ce qui est pourtant beaucoup plus au coeur de notre mission que la lutte contre la « christianophobie ».

A force de traiter la culture contemporaine comme une maladie plutôt que comme un terrain d’échange, de dialogue et de construction, nous nous marginalisons et augmentons le ressentiment à notre égard. Puisque les catholiques de « riposte » adorent les références à la situation des chrétiens du proche et moyen orient, ils pourraient en ce sens méditer cette mise en garde du député maronite libanais Farès Souhaid, dans une interview publiée dans le journal Iloubnan, sur des questions différentes dans un contexte différent, mais qui pointe une tentation analogue:

« L’église devrait se positionner comme une pièce essentielle de l’architecture des mouvements actuels. Alors que tout ce qu’on entend, c’est que les chrétiens ont peur. Aujourd’hui quand j’écoute les Chrétiens j’entends juste qu’ils ont peur de tout. On parle du droit de vote à 18 ans, ils répondent « démographie musulmane ». On leur parle d’Etat civil, ils répondent « atteinte à notre identité chrétienne ». Ils informent l’Occident de leurs craintes mais l’Occident ne peut rien pour cette peur: les puissances occidentales voient dans cette région arabe, à majorité musulmane, un formidable intérêt économique; les entreprises occidentales attendent de se lancer sur ces marchés. Tout ce que l’Occident peut faire pour les chrétiens c’est leur proposer des visas pour quitter la région. Finalement, ici au Liban, une partie des chrétiens apparaît comme une communauté qui ne s’occupe que de ses intérêts (est-ce que la crise régionale va avoir un impact sur le système bancaire libanais, est-ce que d’éventuels problèmes sécuritaires vont perturber nos loisirs), une autre partie vit dans la peur (en Syrie, en Egypte, au Liban aussi bien sûr). Une autre est opportuniste et attend de voir dans quelle direction le vent va tourner. Dans ces trois cas, les chrétiens sont en marge de ce qui se passe alors qu’ils devraient y prendre part pleinement » (Matinale chrétienne de La Vie du 21 octobre 2011).

Les associations catholiques qui misent tout sur la lutte contre la « christianophobie » se font fort de restaurer un catholicisme plus authentique, mais comme elles ne sont préoccupées que des intérêts de la petite tendance de l’Eglise qu’elles représentent (quelles sont les propositions de Civitas ou du Salon Beige pour plus de justice sociale, contre l’exclusion, la pauvreté, ou même pour leurs initiatives d’évangélisation?) et n’ont rien à offrir à une société qui ne pense pas comme elles et ne les aiment pas, elles sont condamnées à échouer. Gardons nous de nous laisser entrainer dans leur chute probable, et de substituer à l’enfouissement de l’autruche de nos parents celui du bunker qu’elles (im)(pro)posent, qui est séduisant pour tous les jeunes souvent frustrés par les préjugés dont ils sont souvent victimes en tant que chrétiens, mais qui n’aura pour conséquence vraisemblable que d’accélérer la déchristianisation de notre société. Les pères de l’Eglise apportèrent l’espérance et le pardon à leur contemporains. Et de manière étonamment inverse, Civitas et ses acolytes n’apportent que la peur de l’autre et les condamnations…