A propos
Page initialement publiée en juillet 2016 sur https://occulturesite.wordpress.com/a-propos-2/
OCCULTURE
1/29/20264 min read


Ce site se propose d’introduire des lecteurs néophytes à l’occulture, c’est-à-dire à la manière dont la culture populaire dissémine les discours, doctrines, organisations et représentations culturelles qui ont trait à l’occultisme, les normalise,les rend ordinaires, et les recomposent et les redéfinit par synergie. Cela inclut des idées et pratiques issues des nouvelles religions (satanisme(s), néo-paganisme, discordianisme etc.), des écoles de pensée ésotériques (pérénnialisme, thélémisme), des sociétés initiatiques (rose-croix, certaines obédiences maçonniques), des communautés identitaires (vampirisme), des pratiques magiques et divinatoires, des discours sur l’occultisme et les sociétés secrètes (théories du complot), des oeuvres d’art, des fictions etc. Une définition plus précise de l’occulture, néologisme au demeurant forgé par l’artiste et occultiste Genesis P’orridge et reformulé comme un concept sociologique par un universitaire spécialiste de la culture poplaire, Christopher Partridge, fait l’objet de cet article.
Je ne suis ni universitaire ni occultiste, et ne puis revendiquer ni une formation académique approfondie sur ces sujets, ni une fréquentation intime et de l’intérieur sur plusieurs années. Je ne suis en aucun cas un expert, même si j’essaie depuis plusieurs mois de lire ce qu’ont à dire, tant les chercheurs que les acteurs de cette occulture, sur elle, dans leurs livres, sur leurs sites, leurs forums, leurs comptes Twitter et leurs pages Facebook.
Pourquoi donc consacrer tant de temps à un sujet que j’aborde de l’extérieur? Quel est l’enjeu pour moi?
Sur le plan de mon histoire personnelle, ma passion pour le metal extrême, le cinéma et la littérature fantastiques, et les jeux de rôle, lors de mes années étudiantes, m’a amené à m’intéresser de très près, entre 20 et 25 ans, à l’ésotérisme (j’en ai 39 aujourd’hui). Mon retour progressif à la foi catholique de mon enfance m’a arraché à cette fascination. Il y a quelques mois, à l’occasion d’une actualité sur le satanisme qui a ravivé mon intérêt, j’ai décidé de m’informer à nouveau sur ce sujet, et j’ai découvert qu’une nouvelle génération très dynamique d’universitaire l’avaient investi, qui m’a amené, au fil des quelques lectures que j’ai faites depuis, à me poser toutes sortes de questions passionnantes, bien que d’une manière plus détachée qu’il y a 20 ans. Plus généralement, j’ai toujours tendu à éprouver sinon une sympathie, du moins une bienveillance de principe, pour tout ce qui sort de la norme et du consensus social, pour les « monstres » et les « fous »,tant que cela ne nuit pas à autrui.
De manière plus militante, voire politique, j’ai voulu répondre aussi à ce qui m’apparait comme une grande méconnaissance, et une lecture polémique, de l’occulture par le milieu catholique où j’évolue. Trop souvent, elle est convoquée sommairement pour expliquer la déchristianisation de la société par une chute inexorable dans l’individualisme et le consumérisme, et est interprétée unilatéralement comme le fruit des contradictions de celle-ci, déchirée entre sa nostalgie de la transcendance et sa quête aveugle du bonheur matériel individuel. Son histoire riche et complexe, et toute sa diversité, sont régulièrement réduites à un sésame destiné à prouver que « c’était mieux avant », que l’occident a causé sa propre perte en renonçant à l’hégémonie chrétienne et en promouvant le pluralisme religieux et philosophique, et que son salut ne peut passer que par un retour à ses « racines ». Ainsi l’utilisation, elle -même nébuleuse, de la trop fameuse « nébuleuse New Age » pour dire tout et n’importe quoi sur les croyances minoritaires et les nouvelles religiosités, en jetant par exemple un pont entre la condamnation de celles-ci et la dénonciation de l’exploitation capitaliste, et, dans un triangle dramatique où elles seraient l’oppresseur et notre société la victime, reconstruire l’Eglise comme une Sauveuse providentielle. Je pense que les choses (tant la réalité de l’occulture que celle du christianisme que la situation matérielle et spirituelle qui est la nôtre aujourd’hui) sont beaucoup plus complexes, sans idéaliser l’occulture qui a, de fait, certains aspects négatifs bien réels,et je suis rebuté par les réflexes idéologiques et les arrière-pensées politiques que je perçois derrière cette posture chrétienne, aujourd’hui si courante. Le refus de l’irrationnel et de la magie, qui est bien sûr très compréhensible et légitime (et que je fais mien in foro interno), ne devrait pas impliquer d’avoir soi-même un discours irrationnel et magique sur ceux qui ne le partagent pas.
Sans prétendre à une illusoire neutralité, j’essaierai de m’astreindre, dans mes billets, à éviter les jugements de valeur trop sommaires. En particulier, même si je dois avouer mon très grand scepticisme à l’encontre des aspects surnaturels de l’occulture (par exemple les pratiques magiques et divinatoires de la Wicca, le besoin allégué de sang ou d’énergie « pranique », par les personnes qui s’identifient comme « vampires », pour survivre, ou la réalité supposée de la relation du Temple de Set à celui-ci en tant qu’entité personnelle et qui existerait vraiment), je m’efforcerai de comprendre et de décrire le plus fidèlement possible leur vision du monde et leur cheminement intellectuel, sans parasiter l’analyse par un dénigrement peut-être trop confortable. Ne serait-ce que parce que même des pratiques et des croyances (peut-être) illusoires peuvent avoir des effets culturels, sociaux et politiques extrêmement réels et importants, souvent de manière souterraine et durable.
Par exemple, les rituels de la Wicca et de l’Eglise de Satan s’inspirent d’une structure commune, et d’une filiation qui va d’Eliphas Lévi à Aleister Crowley en passant par la Golden Dawn, mais en tirent des pratiques extrêmement différentes, qui renvoient à des anthropologies, des métaphysiques et même des convictions politiques profondément différentes, me semble-t-il. Il n’est pas nécessaire en ce sens de croire en l’efficacité surnaturelle de la magie pour trouver un intérêt à la lecture d’ouvrages de magiciens ou de sorciers.
Enfin, je tiens deux autres blogs:
Inner Light, qui est en ce moment plus ou moins à l’abandon et qui se proposait de mener une relecture chrétienne des thématiques du black metal.
Aigreurs administratives, qui traite essentiellement de l’actualité et de la théologie chrétienne, et du débat des catholiques avec les milieux féministes et LGBT, et les désormais célèbres études de genre.