Le satanisme rend-il bon ou mauvais?

Article initialement publié le 04/07/2023 sur https://chroniquessataniques.com/2023/07/04/le-satanisme-rend-il-bon-ou-mauvais/

CHRONIQUES SATANIQUES

2/2/20264 min read

[Anecdote: l’idée, le titre et toute la première moitié de ce billet me sont venues en rêve. C’est la première fois que ça m’arrive.]

1) définition du bien et du mal, d’être bon ou mauvais:

J’appelle mal ce qui source de violence pour autrui, et bien ce qui est source de diminution de cette violence. Est bon qui cherche activement à diminuer cette violence. Est mauvais qui y est indifférent ou cherche activement à l’augmenter.

2) le satanisme me rend-il bon ou mauvais, dans mon expérience personnelle?

J’ai apostasié mon ancienne foi catholique car elle m’apparaissait synonyme de violence envers les minorités LGBTQ et les femmes. L’ironie était qu’à l’époque j’étais convaincu qu’au moins, l’Eglise catholique avait fait un réel effort de remise en cause sur les problèmes de pédo-criminalité. J’ai été complètement pris par surprise par l’affaire Preynat/Barbarin et les nombreuses autres qui ont suivi. Autant dire que je ne suis pas prêt de revenir.

J’ai apostasié après avoir décidé de devenir sataniste: j’ai été touché par l’initiative de l’ancien chapitre de Minneapolis du Temple Satanique de venir en aide aux musulmans victimes d’islamophobie après les attentats de novembre 2015 (initiative malheureusement invalidée par l’executive ministry) et par le nouveau satanisme compatissant et politisé que semblait défendre leur organisation mère.

Découvrir que cette organisation était elle-même source de violences envers ses anciens membres, et de violence idéologique par la complaisance ostensible de ses dirigeants envers l’alt right (plus les soupçons de détournement de fonds) m’a fait participé au schisme de 2018, et rejoindre l’Ordre Global de Satan, une organisation dissidente aux principes très proches.

Si je fais le point sur ce qui m’éloigne ou me rapproche du bien dans ma pratique satanique, je dirai que l’indépendance prise par rapport à l’influence idéologique des structures institutionnelles, par mon apostasie en 2016 puis mon départ de TST en 2018, m’a appris à être plus critique des effets des idéologies et des groupes, derrière les beaux discours, et à être plus exigeant envers moi-même, ce qui est bien. Par contre, les déceptions successives ont induit en moi un certain pessimisme, voire un certain cynisme, qui peut tendre à me faire baisser les bras, voire me rendre apathique. Par ailleurs, j’avais une démarche spirituelle et de prière relativement intense dans ma vie catholique, qui nourrissait mes efforts sur moi-même. Je cherche à remplir le vide qu’elle a laissé en moi en m’intéressant aux aspects spirituels, souvent théistes et/ou occultistes, du satanisme, sans pour l’instant avoir trouvé quelque chose qui me satisfasse pleinement.

3) les « morales » satanistes:

J’appelle « morales » les doctrines des différentes organisations satanistes concernant le bien et le mal. Certaines sont de fait des anti-morales.

L’Eglise de Satan insiste sur un égoïsme rationnel et la substitution d’une règle d’argent à la règle d’or:

Le Satanisme prêche pour une version modifiée de la Règle d’Or. Notre interprétation de cette règle est; « Agissez envers les autres comme vous aimeriez qu’ils agissent envers vous », et qu’en retour ils vous traitent mal, il va à l’encontre de la nature humaine de continuer à les traiter avec des égards. Vous devriez agir envers les autres comme vous aimeriez qu’ils agissent envers vous, mais si votre politesse n’est pas payée en retour, traitez-les avec le courroux qu’ils méritent . (Bible Satanique p.70, Camion Noir 2006, trad. S.Raizer).

Le Temple Satanique et la plupart de ses dissidences, comme l’Ordre Global de Satan ou l’Ordo Sororitatis Satanicae, insistent sur une approche militante et politisée du bien et du mal gouvernée par l’empathie.

De nombreuses organisations théistes, telles que le Temple de Set, insistent sur une relation coopérative, plutôt que purement dévotionnelle, avec la ou les divinité(s) satanique(s), en vue de parvenir à l’individuation parfaite et à l’auto-déification, par delà les concepts de bien et de mal.

L’organisation néo-nazie l’Ordre des Neuf Angles prône une anti-morale fondée sur l’adoption d' »insight roles » destinés à permettre à chaque membre d’explorer ses parts « numineuse » et « sinistre » pour parvenir à une forme d’individuation d’inspiration manifestement jungienne (une personne jusqu’ici respectueuse des lois va rejoindre des organisations néo-nazies, criminelles ou jihadistes, un criminel va à l’inverse adopter une persona compatissante, religieuse etc.) et la culture de « dark virtues ». Elle a par ailleurs pour objectifs la fin de l' »aeon » actuel « magian » (judéo-chrétien) et la destruction de la civilisation actuelle pour parvenir à un Etat totalitaire.

On le voit, les morales ou anti-morales proposées varient du tout au tout, et il n’est pas possible d’affirmer en bloc que le satanisme est bon ou mauvais. Cela dépend des organisations ou des individus. D’autant qu’une organisation avec des principes bons peut se révéler mauvaise dans son fonctionnement institutionnel et le comportement de sa hiérarchie (le Temple Satanique). A l’inverse, une sataniste théiste qui se fait appeler Othaos écrit actuellement un livre qui tente de purger la doctrine de l’Ordre de Neuf Angles de ses éléments néo-nazis et criminels, pour fonder ce qu’elle appelle le « satanisme ténébreux ».

De manière plus générale, je ne crois plus depuis longtemps que les institutions religieuses, toutes religions confondues, coopèrent de façon univoque au bien (au mal c’est par contre possible dans certain cas). Les enjeux de pouvoir personnels sont trop universels pour que j’accorde ma pleine confiance à quelque organisation que ce soit. Je pense que le caractère moral ou non de la pratique religieuse de chaque individu est à prendre au cas par cas, suivant l’interaction de ses valeurs propres et de son héritage institutionnel, et de la manière dont elles se négocient mutuellement face à des situations concrètes.

Pour ce qui est de l’Eglise catholique, je crois, comme je l’ai déjà affirmé dans mon billet « Pourquoi je suis devenu sataniste », qu’il n’est pas possible de suivre en tout point sa doctrine et de faire le bien: soit on compose avec elle quitte à l’ignorer délibérément sur les points les plus critiques, comme font nombre de progressistes, soit on perd toute empathie à la souffrance d’autrui quand cette dernière sort des cadres de la doctrine. J’y reviendrai d’ici la fin de l’été dans un billet intitulé « Contre l’Eglise catholique ».