Réflexions autour de mon rapport personnel à la mort et à la méditation.
AIGREURS SATANIQUES
3/13/20267 min read


Aujourd’hui j’avais rendez-vous avec ma psychologue.
Une partie de la discussion a tourné autour de mon rapport à la mort. Mes parents ont autour de 80 ans (82 à la fin du mois et 77), j’approche de la cinquantaine (49 ans la semaine prochaine), et j’arrive donc très classiquement à l’âge où la question de la préparation à la mort se pose: celle de mes proches dans un avenir immédiat, et la mienne dans des délais qui apparaissent soudain relativement rapides.
Mon problème personnel est que je suis dans une situation entre deux. Pendant très longtemps l’idée de la vie après la mort m’était absolument naturelle et évidente. Je n’arrivais même pas à concevoir qu’on puisse voir les choses autrement: je veux dire, je savais que beaucoup de gens n’y croient pas, mais cela me paraissait dénué de sens. J’ai perdu ma foi il y a dix ans. Mais je n’ai pas réussi à me détacher de tous ses présupposés.
Comme je l’expliquais à mon interlocutrice, j’ai commencé à lire récemment le livre Heaven and Hell: A History of the Afterlife, de Bart D. Ehrman, un universitaire spécialiste du Nouveau Testament. Il y explique au début son parcours personnel: d’éducation épiscopalienne, il est devenu born again à quinze ans, avec une approche fondamentaliste de la bible et une forte appréhension de l'enfer. Sa foi l’a conduit à suivre une formation universitaire de théologie, qui a considérablement chamboulé ses présupposés, et l’a amené dans un premier temps à se demander sérieusement s’il n’était pas en train de se damner. Il est ensuite passé très progressivement à une conception progressiste de sa foi puis à l’abandon total de celle-ci. Suivant la plaisanterie de l’un de ses amis méthodistes, il est passé de “born again” à “dead again”. Mais contrairement à ce qu’il craignait, ne plus croire en une vie après la mort l’a libéré de la peur, lui a apporté assurance et confort spirituels.
Je n’arrive pas, sur le plan existentiel, émotionnel, à faire mienne cette perspective. D’une part, l’angoisse du néant, de l’oubli, de ne plus être, de ne plus jamais revoir ma famille et mes amis, m’est actuellement difficilement supportable. Par ailleurs, j’ai grandi avec un profond désir de justice, et une croyance profondément ancrée en moi en un happy end: l’avoir perdue, à un moment où la dynamique historique semble particulièrement cruelle et désespérante, m’est extrêmement douloureux.
Certes, la réalité n’en reste pas moins ce qu’elle est, quelle qu'elle soit, et quelle que soit ma disposition intérieure actuelle, j’aurai soit une très bonne surprise (ou une très mauvaise si certains de mes contradicteurs chrétiens ont finalement raison), soit pas de surprise du tout ni rien d’autre d’ailleurs, et c’est d’hors et déjà fixé. Je pourrais;, pour patienter, me convaincre d’une foi ou d’une croyance spirituelle quelconque et en recueillir au moins, vraie ou fausse, les bénéfices psychologiques. Sauf que pour moi la foi ou la croyance spirituelle est associée à la confiance, et que j’ai vécu les événements qui m’ont conduit à apostasier mon ancienne foi catholique comme une trahison de cette confiance, par l’institution et par certains fidèles, certes, mais aussi dans la manière où certaines de mes anciennes habitudes spirituelles ont longtemps fonctionné comme un conditionnement et m’ont conduit à fermer les yeux sur des discours et des pratiques qui allaient contre ma conscience, jusqu’à ce que j’ai fini par en avoir assez et par taper du poing sur la table. Pour tout dire, je n’ai même plus confiance en ma sensibilité spirituelle personnelle et en ma faculté de croire et de faire confiance, et je suis encore un peu paralysé par la peur d’être à nouveau déçu.
Par contre, j’ai profondément l’assurance que mes valeurs morales sont les bonnes, et même si on me convainquait à nouveau de la validité métaphysique de la foi chrétienne, je ne regretterais pas mes choix de ces dix dernières années.
Comme je l’expliquais tout à l’heure, je suis sorti du sentiment de perte totale de sens que j’éprouvais encore il y a deux ans, suite à ma dépression de 2020-22. Je réfléchis et j’avance de mois en mois sur les questions que je me pose sur la signification à donner à mon existence, comme en témoigne la reprise progressive de mes différents blogs. mais j’avance pour l’instant en intellectualisant, comme en témoigne le contenu surtout descriptif et théorique de la plupart de mes articles récents, et je suis encore dans un hiatus existentiel.
En m’écoutant développer ces réflexions, ma psychologue, qui ne connaît ni mon intérêt pour l’ésotérisme ni mon identité religieuse sataniste, ne semble pas avoir d'intérêt personnel pour la religion et à qui j’ai expliqué ce qu’étaient la méditation zen et la spiritualité ignatienne, m’a invité à considérer également l’aspect émotionnel de mes interrogations, et à essayer par exemple d’être à l’écoute de ce qui se passe dans mon corps en lien avec ces émotions.
Nous avons évoqué ensuite une conversation déjà précédemment menée par le passé sur mon souhait, et mes tentatives infructueuses d’avoir des courts temps de méditation, ou au moins de techniques respiratoires type “respiration au carré”, chaque jour. J’ai évoqué deux expériences de ma vie passée, complètement différentes dans leur finalité et leur cadre, mais similaires dans certains bénéfices psychologiques que j’ai alors perçus:
Quand j’avais un peu plus de vingt ans, j’ai pratiqué quelques années un style de Kung Fu interne appelé Yi Quan. Outre, la pratique martiale à proprement parler, nous étions invités, en club et chez nous, à pratiquer des postures spécifiques (et assez douloureuses), accompagnées d’un certains nombre d’exercices de concentrations sur certaines parties du corps et de visualisation, appelées “enracinement”, sur un temps minimum de vingt minutes et si possible de trois quart d’heure/une heure. Le but était de pouvoir donner un jour un coup de poing vraiment très fort, explosif. J’ai participé à deux stages intensifs d’une semaine l’été.
Entre 29 et 39 ans, j’ai pratiqué un type de prière spécifique appelé oraison ignatienne, dans le cadre d’un groupe jeune pro puis d'une appartenance à CVX, ainsi que lors de retraites estivales, entre cinq et huit jours. Et aussi pendant deux ans avec un accompagnateur spirituel jésuite dans la contexte d’un discernement en vue d’une éventuelle vocation religieuse. L’idée était de prendre un temps régulier, entre vingt minutes et une heure, de conversation avec le Seigneur, ce qui concrètement passait par une lecture méditative de passages de la bible, où je m’efforçais de me placer dans la perspective de tel ou tel personnage et où j’étais attentif aux “motions de mon âme”, c’est-à-dire aux évènements, ou à l’absence d’évènements, psychologiques, émotionnels et physiologiques que je percevais au cours de ce temps d’oraisons, et qui étaient interprétés comme des messages potentiels de l’Esprit saint pour moi.
Au-delà des différences évidentes, ces deux exercices présentaient pour moi un certain nombre de points communs importants: la démarche de prendre régulièrement un temps fixe où je quitte mes soucis et mes réflexions pour me tenir à l’écoute des événements corporels en moi. Le désir de progresser sur moi-même par cet effort régulier, dans ma pratique du Kung Fu et ma tonicité corporelle dans le premier cas, et spirituellement dans le second. Le cadre social de ces pratiques, qui était important pour moi dans la mesure où, hors du travail et de ma famille, j’ai une vie très solitaire. Bien sûr, aucune de ces deux démarches ne recherchent en premier lieu par ces bénéfices essentiellement psychologiques: la première m’a généralement été présentée comme un exercice essentiellement physiologique, qui permet de développer la tonicité musculaire, même s’il existe aussi des interprétations énergétiques, fondées sur l’idée du chi. La seconde se définit principalement comme un temps de prière. Mais j’ai une grande nostalgie de ce qu’ils m'apportaient autrefois, et c’est ce qui me manque le plus de ma période chrétienne, même si je ne regrette aucunement mon apostasie.
J’ai essayé de retrouver cette dimension en fréquentant l’an dernier un dojo zen. Mais je suis très peu souple et la pratique du zazen était trop douloureuse pour moi. Mon intérêt pour le thélémisme et la magie du chaos m’a amené également à tenter de développer une pratique quotidienne de la méditation, pour laquelle de nombreux grimoires proposent des exercices, et j’avais approché en 2021 la loge parisienne de l’Ordo Templi Orientis, qui souhaitait que je développe cette pratique avant de m’accepter. Mon addiction à l’alcool et ma dépression ont fait obstacle à la mise en place de cette habitude.
J’ai quitté complètement la seconde il y a deux ans. J'ai progressivement réussi à laisser derrière moi la première, après une cure en 2022 et l'installation d'un suivi médical. Je vais essayer de reprendre une habitude de méditation quotidienne, tout d’abord un temps de respiration au carré, et aussi, comme cela m’avait été conseillé en 2021, les quatre temps quotidiens de salutation du soleil du Liber Resh vel Helios d’Aleister Crowley sans me poser, en tout cas pour l’heure, la question de rejoindre un groupe. Dans un premier temps, je tâcherai de retrouver les bénéfices psychologiques apportées par d’autres pratiques méditatives antérieures. Et qui sait, peut-être que je découvrirai que Crowley avait raison sur toute la ligne, et que la magie existe, et que je converserai avec mon saint Ange Gardien puis traverserai l’Abysse pour rejoindre la Cité des Pyramides. Mais je n’en suis pas là.
Post scriptum: je sais que la méditation a parfois des effets secondaires indésirables et qu'elle peut par ailleurs devenir le support de manipulations psycho-spirituelles, merci beaucoup. Cela ne me dissuade pas: je sais ce que j’y cherche et j’ai pour principe de n’en faire qu’à ma tête.
